« En notre siècle, les martyrs sont revenus; souvent ignorés, ils sont comme des « soldats inconnus » de la grande cause de Dieu. Dans toute la mesure du possible, il faut éviter de perdre leur témoignage dans l’Église. » (Jean Paul Il, Tertio Millenio Adveniente 37)

Dans la lettre apostolique préparatoire au Grand Jubilé de l’An 2000, « Tertio Millenio Adveniente », le Pape Jean Paul Il invite à conserver la mémoire des chrétiens qui sont morts pour leur foi au cours du XXè siècle.
En réponse à cet appel. une commission vaticane a été mise sur pied, pour rassembler et cataloguer l’histoire de plus de douze mille chrétiens du monde entier, morts pour la foi au XXè siècle (Cf. le livre d’Andrea Riccardi : Il secolo del martirio, i cristiani nel novocento, Mondadore, Milano 2000). Il ne s’agissait pas de commencer des procès de béatification ou de canonisation, mais de rappeler la mémoire des chrétiens qui furent tués parce qu’ils étaient chrétiens :

« L’histoire de leur assassinat est l’histoire de leur faiblesse et de leur défaite. Néanmoins ces chrétiens, malgré leurs faiblesses, ont démontré une force morale et spirituelle hors du commun: ils n’ont pas renoncé à leur foi, à leurs convictions, au service des autres ou de l’Église, afin de sauver leur vie ou d’assurer leur survie. Dans une extrême faiblesse et devant des risques graves, ils ont fait preuve d’une force remarquable… Et les chrétiens du XXIè siècle sont invités à y réfléchir afin d’acquérir cette même force de foi. » (Andrea Riccardi, cit. p. 12).

La Famille dehonienne prend part à cette réalité. Le 11 mars 2001, le P. Juan Maria de la Cruz Garcia Mendez (1891-1936) a été déclaré bienheureux. Cependant, le P. Mendez n’est pas le seul martyr dehonien du XXè siècle. Au cours des prochains chapitres, nous rappellerons l’histoire de plusieurs Dehoniens qui ont témoigné de la puissance de la faiblesse dans la foi chrétienne. Nous voulons ainsi répondre à l’invitation de notre supérieur général, le P. Virginio Bressanelli « à récupérer… la mémoire historique de ces figures significatives de nos frères et soeurs qui peuvent être des modèles et des stimulateurs pour vivre plus intensément la vocation et la mission que nous avons dans l’Eglise et le Monde d’aujourd’hui (Prot. N. 286~2000) » (Cf. Bernd Bothe, Märtyrer der Herz-Jesu-Priester, 2000)

Le père Adrien PUNT (Hollande – brésil)

Voici quelques lignes d’un long poème écrit par une femme en l’honneur du P. Paulo « le Pêcheur », pour son anniversaire, trois ans avant sa mort :

Promoteur de la personne humaine,
Lui enseignant comment travailler
Lui indiquant la voie
Pour lutter en faveur de la vie.
Son Église, c‘est la mer
Son autel, un navire
Toujours prêt à aider
Un fidèle sur la vigne.


En décembre 2000, les Dehoniens du Brésil ont reçu l’invitation suivante:
« Le maire de Tamandaré (Pernambuco, Brésil), Paulo Guimaràes dos Santos, a l’honneur de vous inviter à une concélébration, le 15 décembre 2000, à 18h00, à la Colonia dos Pescatori [le quartier des pêcheurs], à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du décès du P. Paulo Punt. Après la messe, un monument sera dévoilé en son honneur sur la place. »
Mais qui était donc ce confrère dont les habitants de Tamandaré se souviennent encore?

Né aux Pays-Bas en 1913, il quitta sa terre natale en 1936 pour renforcer la présence dehonienne au Brésil du Nord. Après son ordination en 1941, il a fait du ministère paroissial. En 1968, il fut envoyé à Tamandaré et, en plus du travail paroissial, s’occupa des pêcheries. Il fut très marqué par la situation difficile des pêcheurs et des pauvres parmi lesquels il vivait. Le P. Paulo les aida à s’organiser en coopérative. Il en devint le président. Ville côtière, Tamandaré était un point d’entrée pour l’alcool de contrebande et les produits électriques domestiques. En constatant cela, le P. Paulo comprit que les pêcheurs pouvaient innocemment être impliqués dans ce trafic, et être ainsi accusés. A plusieurs reprises il dénonça les contrebandiers, ce qui lui valut plusieurs ennemis et tentatives d’intimidation.

En vue de le forcer à quitter la ville, on l’accusa d’être communiste, accusation grave à l’époque de la dictature militaire.

À plusieurs reprises, le P. Pedro Neefs, alors supérieur provincial, avait tenté de le convaincre de quitter Tamandaré, craignant pour sa vie. Mais même convaincu des risques sérieux pour sa vie, le P. Paulo croyait fermement qu’il devait rester à Tamandaré.

Ses nombreuses activités l’ont empêché de se rendre compte de la toile qui se tissait autour de lui. Le 15 décembre 1975 était un jour de fête. On célébrait la « graduation » à l’école secondaire. A la fin de la journée, après les célébrations, l’assassin se dirigea vers. Paulo et tira trois balles mortelles.

Il avait donné sa vie aux faibles et aux pauvres, et il faut reconnaître que ces balles meurtrières n’ont pas réussi à le faire oublier par les gens de Tamandaré.

Martyr de la persécution religieuse durant la guerre civile espagnole.

Bienheureux Jean-Marie De La Croix MENDEZ (Espagne)

La vie et le martyre du P. Mendez, scj, nous entraîne dans un chapitre sombre de l’histoire moderne de l’Espagne : la persécution religieuse durant la guerre civile, de 1936 à 1939, entre forces républicaines et forces nationalistes.

Mariano Garcia Méndez, l’aîné de 15 enfants, est né le 25 septembre 1891, à San Esteban de los Patos, dans la province d’Avila. Après le séminaire, il fut ordonné prêtre pour le diocèse d’Avila, où il a travaillé dans plusieurs paroisses jusqu’à la fin de 1925. Animé d’un grand désir de perfection, il se tourna vers la vie religieuse, mais ses premières tentatives se heurtèrent à sa santé fragile.

Après son noviciat à Novelda (Alicante), Mendez fit sa première profession le 31 octobre 1926 et prit le nom religieux de P. Juan Maria de la Cruz. Démontrant peu de talent pour l’enseignement au petit séminaire de Novelda, il devient prêtre itinérant en 1929, quêtant dans les villes et villages tout en recrutant des élèves pour le petit séminaire de la congrégation.

En 1936, la guerre civile éclata. Le 23 juillet, le P. Juan se rendit à Valencia pour y trouver refuge avec un des bienfaiteurs de la congrégation. “En se rendant de la gare à la maison de Señora Pilar, il passa devant l’église « de los Juanes » au centre de la ville. « Un horrible spectacle » – selon ses propres mots – s’offrit à ses yeux: des hommes démolissaient l’intérieur de l’église et se préparaient à l’incendier. Il ne put se taire et cacher son horreur en voyant flamber l’église. Lorsque les scélérats se dirent les uns aux autres:

« C’est un réactionnaire! » il répondit « Non, je suis prêtre ! » Les républicains l’arrêtèrent aussitôt et l’amenèrent à la prison Modèle de Valencia. Après coup, des témoins se rappelèrent qu’en prison, le P. Juan mena une vie exemplaire comme prêtre. Il resta fidèle à ses pratiques religieuses, se préoccupa d’autres besoins pastoraux, tout en se préparant au martyre. Dans la nuit du 23 au 24 août 1936, il fut emmené, avec neuf autres prisonniers, au sud de Valencia pour être exécuté. Le 24 août, les dépouilles des victimes furent jetées dans une fosse commune au cimetière de Silla. “(Bothe, Martyrs Dehoniens du 20è siècle, p. 14).

Le 11 mars 2001, le Pape Jean-Paul Il l’a déclaré bienheureux, ainsi que les autres martyrs espagnols.

Le père H. Chiarello, scj

Profil spirituel

Le milieu familial.

Le P. Juan a grandi dans la véritable austérité d’une famille de paysans, dans un climat familial très pieux, en s’imprégnant auprès de ses parents des richesses de la foi. Son village n’ayant pas de prêtre à demeure, son père dirigeait les prières dans l’église paroissiale, par exemple la neuvaine de St Joseph et, au mois d’octobre, le rosaire.

Ses années de séminaire se caractérisent par une conduite irréprochable, par une vie de prière intense, par une assiduité constante aux études. Il maintient toujours le désir de se consacrer au Seigneur dans une vie plus austère et monastique. Durant son séminaire, il était toujours proposé par ses Supérieurs comme modèle aux autres séminaristes.

“C’était un modèle en tout; on percevait en lui une humilité profonde et c’était un jeune d’un talent extraordinaire” (l’abbé Ferreol Hernandez-Hernandez). “Il se distinguait toujours par sa vie exemplaire… Il était très jovial et plaisantait avec tous, sans jamais troubler l’harmonie entre ses copains” (l’abbé Vittoriano Doroteo Almarza Escudero)

Comme curé, c’était un exempte de prière, d’austérité personnelle et d’aide charitable pour les pauvres. Les fidèles attestent qu’il fut un curé plein de zèle et pieux, très austère dans sa vie personnelle; qu’il laissa une traînée de vertus héroïques et de sainteté, en se distinguant plus particulièrement par son esprit de prière et de charité envers les pauvres. Il vivait de ce que les gens lui donnaient, sans rien demander. Il ne faisait même pas passer, à l’église, la corbeille pour recueillir les offrandes.

Ne parvenant pas à entrer dans un ordre cloîtré, il s’engagea à vivre dans le monde une vie d’austérité et de mortifications, en s’imposant même le cilice.

Dans une rixe à Hemansancho, il y eut quelques morts et des blessés. Sans se soucier des balles, l’abbé Mariano s’approcha des blessés pour les secourir. En racontant cet événement à des amis, l’agresseur meurtrier a dit: “J‘ai laissé par terre quelques chevreaux. Je ne voulais pas tuer le curé parce que c’est un Saint”.

Religieux, il fut un observant fidèle de la règle et des vœux. Pendant neuf ans, il accomplit son service à Puente la Reina, en laissant à ses confrères un modèle de vie religieuse par sa conduite exemplaire et édifiante. Il a également laissé une réputation de sainteté auprès de nombreux prêtres et laïcs qu’il avait rencontrés lors de ses voyages de quête.

Quand il se trouvait en dehors de la communauté, il prenait soin d’observer un horaire particulier, approuvé par son Supérieur. En rentrant dans la communauté, il se levait la nuit pour aller prier à la chapelle, à genoux. Nerveux de tempérament, il savait se contrôler et dominer ses propres impulsions, mais il ne parvenait pas à se contrôler lorsque les intérêts de Dieu était en jeu. C’est ce qui le mènera à la mort.

Dans ses voyages, il était attentif à la promotion des vocations. Plusieurs jeunes de l’époque, devenus religieux dehoniens, lui doivent leur vocation.

L’amour de l’Eucharistie et la dévotion à la Sainte Vierge ont soutenu son cheminement spirituel.

L’Eucharistie a été au centre de sa vie.

Déjà jeune garçon, “il communiait tous les jours et ne pouvant le faire dans son village à cause de l‘absence de prêtre, il allait, en faisant bien évidemment un sacrifice, dans d’autres villages. Parfois, il devait parcourir plusieurs villages. en essayant de communier, sans trouver de prêtre. Une fois, en allant d’un village à 1‘autre, il n’est rentré chez nous que le soir”, se souvient sa sœur Juana.

Comme curé, il encouragea la communion fréquente. Il se rendait à l’église tôt le matin pour distribuer la communion aux ouvriers, avant qu’ils n’aillent travailler.

Religieux quêteur, il faisait de l’apostolat en diffusant la dévotion à l’Adoration perpétuelle et à l’Amour miséricordieux du Cœur de Jésus. On lui doit la pratique de l’Adoration perpétuelle dans des village de Navarre et du Pays Basque. Il commençait ses tournées de chercheur d’aumônes par la visite au Saint-Sacrement de l’église la plus proche du village.

Il rendait fréquemment visite à l’Eucharistie et en faisait le thème préféré de ses discours, conférences et exhortations.

La Sainte Vierge était son autre grand amour.

On conserve une lettre qu’il a écrite à la Reine du ciel, à l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception. Il avait une grande facilité pour parler sur la Sainte Vierge:

« Quand on aime beaucoup la Vierge Marie, cela ne nécessite pas beaucoup de préparation », disait-il.

« Sa dévotion à la Sainte Vierge était extraordinaire. Il nous préparait aux fêtes de la Vierge par des sermons pleins de douceur » (le P. Clemente Santiago Sanz-Sanz).

Ce qui resplendit dans sa vie d’une façon particulière, ce sont l’humilité et la charité.

Son humilité se manifestait par une opinion très modeste de lui-même et par sa soumission à la volonté des supérieurs. Il demandait des permissions même pour des choses que d’autres considéraient sans importance.

Sa charité envers les pauvres était éclatante. Comme curé, il vivait pauvrement mais aidait ceux qui étaient dans le besoin; comme religieux, c’est lui qui se chargeait de donner l’aumône aux pauvres qui frappaient aux portes du couvent.

Religieux, il fut obéissant aux Supérieurs et observait la pauvreté. Au retour de ses voyages de quêteur, il faisait un compte rendu parfait de ce qu’il avait récolté, en remettant le tout au Supérieur. Après sa mort, dans sa chambre, on trouva très peu d’objets personnels.

Le martyre

Préparation. En consolant une dame dont le fils, missionnaire, était fait prisonnier des communistes en Chine, en 1935, il lui dit: “Votre fils est un martyr. Ah, puissé-je avoir le même sort et être persécuté et mourir pour le Christ” (le P. Joachin Sola Uterga).

« Il pressentit la tragédie de 1’Espagne de 1936. Je me souviens que .. quelques jours avant qu’éclate la révolution, je l’entendis dire qu’il allait prier beaucoup pour 1‘Église et pour l’Espagne parce qu’approchait « le temps des martyrs ». Dans ses sermons et ses conversations, il manifesta, à plusieurs reprises, son désir du martyre » (le P. Clemente Santiago Sanz-Sanz).

En 1936, quand le paysage politique en Espagne se fit plus menaçant, en visite chez son frère Victor, il dit qu’il ne craignait pas pour sa vie, « puisque nous sommes entre les mains de Dieu pour faire sa volonté. »

A l’approche de la Révolution, un jour de retraite à Garaballa, « l’enthousiasme avec lequel il parlait du martyre était admirable. Il prévoyait clairement ce qui se préparait et il nous incitait tous à la ferveur en sorte que, déjà, à l’époque, on ne parlait que de la gloire des martyrs » (le P. Lorenzo Cantô Abad).

La vie en prison.

« Je me trouve en prison depuis trois semaines, pour avoir proféré des phrases de protestation contre le spectacle horrible d‘églises brûlées et profanées. Dieu soit loué ! Sa très sainte volonté soit faite en tout. Je m‘estime heureux de pouvoir souffrir un peu pour Lui qui a tant souffert pour moi, pauvre pécheur », écrivait-il de la prison à Mgr Philippe, Évêque du Luxembourg.

« Le jour même de mon arrivée à Valence, on m ‘a emprisonné dans Carcere Modello de la ville, en compagnie d’autres prêtres, religieux et laïcs. Mais, grâce à Dieu, je suis tranquille et préparé à ce que la Divine Providence décidera de moi. J’occupe la cellule 476, galerie quatre», écrivit-il à Monsieur le Maire de Garaballa (Cuenca), Anastasio Garro.

Durant le temps de la promenade, il s’agenouillait dans la cour pour prier le Bréviaire. A ceux qui le dissuadaient de ces manifestations, il répondait qu’il ne fallait pas se laisser guider par des raisonnements humains mais confesser sa propre foi en Christ et imiter ainsi les martyrs des premiers siècles. Pendant la journée, les prisonniers se réunissaient en groupes, le matin pour prier les Litanies des Saints, l’après-midi pour réciter le Rosaire. Le P. Juan avait son groupe, mais souvent, il s’adressait aussi à d’autres groupes pour les animer et pour les exhorter. Un professeur du Séminaire vint pour lui rendre visite, en apportant l’Eucharistie. Le P. Juan insista et obtint de pouvoir garder pour lui, toute la journée, le Saint-Sacrement. C’était pour lui une journée céleste. (le P. Tomâs Vega, rédemptoriste, compagnon de prison).

« Il ne cacha jamais son état de religieux, jusqu’à dessiner un Chemin de Croix sur les murs de sa cellule. Quand on 1‘a découvert, on 1‘a insulté et on voulut le transférer au cachot: ce qui, heureusement, n‘arriva pas.» (un autre témoin, compagnon de prison).

« Il ne fit jamais rien, que je sache, pour recouvrer la liberté. Plus d’une fois, il me dit qu ‘il était disposé à faire ce que Dieu lui demanderait… Il se comporta toujours comme un prêtre très digne. Chaque fois quand on lui disait qu’on avait tué un de ses compagnons de prison, il répondait toujours qu‘il était prêt à faire ce que Dieu voudrait» (Antonio Meseguer Lleonart, électricien et plombier détenu dans la même prison).

«Je me rappelle l’avoir vu tous les jours dans la cour de la prison prier avec son livre de prières, pendant une heure ou une heure et demi, vers le soir. On le voyait tant prier que quelqu‘un avait dit: “un jour, on va tuer le « Père grand veston » comme un petit oiseau»

Son comportement du temps de son emprisonnement fut extraordinaire, d’une grande sérénité et tranquillité d’esprit. Ce que je ne pourrais pas dire de beaucoup de mes compagnons de prison » (Baron Emilio Frigola Ferrer, compagnon de prison).

Les témoins attestent que quand on l’a extrait de sa cellule « il allait – au martyre -joyeux et allègre, presqu’en bondissant de joie » (le P. Lorenzo Cantô Abad).

Le martyre couronna ainsi une vie sainte, toute vouée à Dieu et au bien des âmes, une vie d’amour et d’oblation réparatrice au Christ, et de ferveur pour le salut des âmes.

Vénération du peuple

« Selon l’opinion générale de la population, sa mort fut un véritable martyre… Je sais que dans tout le Nord de l’Espagne, très nombreux sont ceux qui invoquent le Serviteur de Dieu et se recommandent à lui » (le P. Lorenzo Cantô).

« Je sais qu‘il y a des gens qui se confient au Serviteur de Dieu, et disent avoir reçu des grâces par son intercession. J’en ai reçu plusieurs témoignages de gens qui venaient pour voir sa tombe. » (le P. Ignazio Maria Belda Perez).

Un Père du Saint-Sacrement (le P. Antonio Gomez Barrena) qui avait l’habitude d’héberger le P. Juan pendant ses voyages de quête, évoque le P. Garcia dans les termes suivants: « Maintenant, depuis que j‘ai eu la nouvelle de son martyre, je me rends compte que le P. Juan était un prêtre duquel on pourrait dire, d’après une phrase de St Paul, que ce n ‘était pas lui qui vivait mais c‘était le Christ qui vivait en lui. »

Victimes de la terreur nazie : Nicolas-Antonius WAMPACH et Joseph-Benedikt STOFFELS (Luxembourg)

« Je suis entre les mains de Dieu; un prêtre catholique se doit d’être toujours fier de porter avec lui la croix de notre Maître. Je trouve ma consolation dans la prière et l’union avec Dieu, comme dans votre amour pour moi. » (Camp de Concentration de Dachau, 3 mai 1942, lettre du P. Stoffels à sa sœur.)

Le P. Joseph Benedict Stoffels (né le 13 janvier 1895 à Itzig, Luxembourg) et le P. Nicholas Anthony Wampach (né le 3 novembre 1909 à Bilsdorf Luxembourg) étaient deux prêtres dehoniens envoyés à la Mission du Luxembourg à Paris, près de l’endroit où serait érigée plus tard la paroisse St-Joseph Artisan. On considère le P. Stoffels comme le fondateur de la mission du Luxembourg à Paris, alors que le P. Wampach y fut envoyé par son supérieur en 1938, pour l’y aider alors que le travail pastoral auprès de ses compatriotes luxembourgeois augmentait.

Dans son livret sur les “Martyrs Dehoniens”, le P. Bothe écrit:

« En 1940, après l’invasion du Luxembourg par les Allemands, plusieurs ont fui vers Paris où les deux Dehoniens, avec un prêtre diocésain, ont aidé les réfugiés et, après la chute de la France, ont continué à en aider plusieurs qui cherchaient à retourner au Luxembourg. Dans un journal, on lit: La Gestapo (la police secrète nazie) soupçonnait ce travail purement charitable d’être de l’espionnage. Après plusieurs interrogatoires et emprisonnements vers la fin de 1940, les deux prêtres furent finalement arrêtés le 7 mars 1941 et envoyés à Buchenwald, pour être transférés plus tard à Dachau le 21 septembre 1941. Dépouillés même de leurs identités, on tatoua un numéro sur leur bras. » (Bothe, p. 19)

Officiellement, ils sont morts de bronchite ou d’angine. On envoya les cendres du P. Stoffels à sa famille. Comme c’était l’habitude en beaucoup de cas similaires, les funérailles se déroulèrent sous la surveillance de la Gestapo, le 31 août 1942, presque secrètement, sans cloches, chants ou participation des paroissiens.

« C’est seulement après quarante ans de recherche que l’on a appris que les deux prêtres dehoniens furent tués par gaz au Château Hartheim, en Autriche, avec deux autres prêtres du Luxembourg. Hartheim est situé à environ 265 Km de Dachau, dans une petite région d’Autriche appelée Alkoven, près de Linz. On y construisit une chambre pour expérimenter différents types de gaz. Le voyage de Dachau à Hartheim dura environ quatre heures. Les fenêtres de la fourgonnette, désignée officiellement comme une ambulance, étaient obscurcies. Au château, les procédures étaient les mêmes que dans les autres camps de concentration. On dénudait les prisonniers et, sous prétexte qu’ils allaient être photographiés, on les envoyait aux douches où ils étaient gazés » (Bothe, p. 21)

Non un missionnaire, mais un martyr exemplaire : P. Martino Capelli, scj (1912-1944) (Italie)

Peu après sa première profession en 1931, Nicholas Martino Capelli écrivit, après avoir écouté une conférence sur les martyrs du Mexique:

« Ô Vierge des martyrs mexicains, donne-moi d’être un jour, moi aussi, martyr pour le Christ-Roi et pour toi, Vierge Immaculée. Ma Mère, je t’écris encore tout bouleversé du récit de ces martyrs mexicains. Je suis sûr que, par leur intercession, tu réaliseras mon désir. Ton fils, Frater Martino Capelli. » (Missionario mancato — martire esaudito: P. Martino Capelli, scj, Postulation SCJ, Bologne 1996)

Né à Nembro, dans la province de Bergamo, il a été ordonné prêtre en 1938 à Bologne. Le P. Capelli avait rêvé d’être missionnaire en Chine, un projet de la Province d’italie qui ne s’est pas réalisé. Ses supérieurs l’ont plutôt envoyé à Rome à cause de ses grandes aptitudes pour les études.

« J’espérais être missionnaire, mais me voilà plutôt condamné à finir mes jours comme enseignant.” (P. Capelli, dans une lettre datée du 10 octobre 1939)

A Rome, il étudia à l’Institut Biblique et à I’Urbaniana où il obtint sa licence en théologie cum laude. En 1943, il quitte Rome définitivement pour enseigner l’Écriture et l’Histoire de l’Église à Castiglione (près de Bologne), où le scolasticat a été déménagé pour des raisons de sécurité. Mais Castiglione ne s’avéra pas une zone sécuritaire, puisque située tout près du front, dans une zone appelée “Triangle de la mort” à cause des feux nourris entre les Alliés et les Allemands, ainsi que les fascistes italiens.

Le P. Capelli y arrive le 19 septembre 1943, “comme nouveau professeur”, ainsi qu’en fait foi le journal du scolasticat. Selon ce qu’en rapportent les étudiants, il présente sa matière de façon intéressante. Si un conflit se présentait, “il avait tendance à prendre le parti des étudiants plutôt que celui du personnel. En fait, il était très sympathique à nos façons de voir, et très cordial. Il connaissait certains problèmes avec l’administration.” (Témoignage du P. Remo Canal, 1987)

Il avait une grande dévotion à Marie et rêvait de devenir missionnaire. Très doué intellectuellement, il s’enthousiasmait pour le travail pastoral lorsqu’on lui demandait d’aider les prêtres de la région. Voilà quelques traits de sa personnalité.

Le 23 juin 1944, les allemands ordonnèrent l’évacuation du scolasticat de Castiglione afin d’y installer un hôpital militaire. En plus de toute l’agitation, la présence des troupes allemandes au scolasticat rendait la situation dangereuse. Les prêtres furent envoyés dans différentes paroisses. Le 6 juillet 1944, le reste de la communauté fut envoyé à Burzanella, près de Castiglione.

Au matin du 18 juillet 1944, on entendit des coups de feu alors qu’un groupe d’Allemands fouillaient et brûlaient des maisons des environs, à la recherche de rebelles. Ils rassemblèrent cinq Italiens, soupçonnés de rébellion Les pères Agostini et Capelli demandèrent aux Allemands de relâcher ces hommes. Ils obtinrent gain de cause pour trois d’entre eux, alors que les deux autres furent condamnés à mort. « On s’apprêtait à les exécuter lorsque les gens intervinrent à nouveau pour qu’ils puissent se confesser. Les deux s’agenouillèrent sur place, devant tout le monde, pour se confesser, l’un au P. Capelli, l’autre au curé. Puis, au milieu des larmes des personnes présentes, ils s‘embrassèrent et, une minute plus tard, tombèrent sous les balles tirées derrière leur tête. » (Missionario mancato — martire esaudito: P. Martino Capelli, scj, p. 69)

Le 20 juillet, le P. Capelli se rendit à Salvaro pour aider Mgr Mellini, l’ancien curé. Il y rencontra un Salésien, Don Elia Comini, avec qui il se lia d’une amitié qui dura jusqu’à la mort. Le P. Capelli accepta de prêcher dans les paroisses des environs, un travail difficile et dangereux. En septembre 1944, les Alliés réussirent à franchir les lignes allemandes (la Ligne Gothique), à quelques kilomètres de Monte Sole. La présence d’une force de 700 à 800 résistants dans la région mettait en danger les opérations allemandes. C’est pourquoi les Allemands ordonnèrent la destruction de la brigade “Étoile Rouge”. Le 29 septembre, toute la région fut encerclée par les troupes allemandes régulières, accompagnées des SS et des collaborateurs fascistes. Ils commencèrent à exécuter toute la population, sans exception. On compta 770 victimes, dont 316 femmes et 216 enfants.

Ces événements marquèrent le début du martyre du P. Capelli. A deux reprises, il refusa la demande de ses confrères et de ses supérieurs de quitter cette région dangereuse. Certains interprétèrent son refus comme une désobéissance (quoique pour de nobles raisons) due à son caractère difficile. D’autres y virent le choix de rester fidèle à sa mission et à la population de Salvaro.

Le 29 septembre 1944, alors qu’ils allaient aider des blessés, les PP. Capelli et Comini furent arrêtés par les Allemands, sous motif d’espionnage. Les soldats leur firent d’abord transporter leurs munitions, montant et descendant la montagne sous escorte. Ils furent ensuite emprisonnés avec plusieurs autres résistants, dans une étable appartenant à un cordier de Pioppe di Salvaro. Après deux jours d’un emprisonnement cruel, le dimanche 1er octobre 1944, les PP. Capelli et Comini, ainsi que 44 autres prisonniers, furent conduits dans ce que l’on pourrait appeler “la voûte” de l’usine, où ils furent fusillés par les nazis SS. Quelques-uns purent simuler la mort sous les dépouilles de leurs compagnons, et purent se sauver après le départ des soldats allemands. L’un d’eux put raconter le dernier geste du P. Martino: blessé à mort, il leva son bras, dit quelques mots et prononça une bénédiction, avant de tomber, les bras en croix. Il était âgé de 32 ans. On a perdu toute trace de lui et de ses compagnons lorsque les vannes d’un barrage furent ouvertes et que l’eau entraîna leurs corps dans la rivière Reno.

« Un jour, ô Mère, nous nous verrons, au moment de mon martyre. » (Consécration du P. Capelli à la Vierge Immaculée)

Au cimetière de Salvaro, on trouve deux monuments à la mémoire du témoignage de Don Elia et du P. Martino comme pasteurs de Monte Sole:

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie ». Le Père Nicholas Martino Capelli en a témoigné par la façon dont il a vécu et par la grandeur de son martyre. » (Source: Missionario mancata ‘martire esaudito’ P. Martino Capelli scj, Postulation SCJ, Bologne 1996)

Un résistant méconnu P. Kristiaan Hubertus Muermans (1909 – 1945) (Belgique)

« Il s’occupa activement des journaux de la résistance, et aida plusieurs jeunes gens à entrer dans la clandestinité pour échapper à la Gestapo et aux camps de travail. Quand la Gestapo l’apprit, il fut arrêté devant les yeux de ses élèves! Incarcéré à Bruxelles pendant plusieurs jours, il fut ensuite envoyé dans différents camps de concentration: Buchenwald, Ellrich, Harzungen et Dora, où il est mort le 12 février 1945, quelques semaines seulement avant que les Américains ne libèrent le camp. » (Wim Muermans sur son frère)

« Répondant à un appel prenant racine dans l’humiliation de sa patrie, il prit part à plusieurs groupes de résistance. En mai 1944, il tomba aux mains de la Gestapo, qui l’enlevèrent pour toujours. » (Sint Unum, 1947)

Né le 9 mars 1909, à Hees Bilzen, Belgique, Kristiaan Muermans fit sa première profession en 1928 et fut ordonné en 1933 à Louvain.. L’année suivante, il enseigna à notre école de Tervuren, où il resta plusieurs années. Quand éclata la Seconde Guerre Mondiale, il fut appelé sous les drapeaux.

Son frère, Wim Muermans, a écrit au P. Bothe que lorsque le P. Kristiaan Muermans revint en Belgique, il commença à jouer un rôle actif dans la résistance.

Nous savons maintenant que le P. Muermans est mort près de Blankenburg, dans une des 40 sub-divisions du camp de concentration de Mittlebau-Dora. De 1943 à 1945, Dora produisit des armes pour l’armée allemande: avions de guerre, armes anti-aériennes, missiles V-1 et V-2. Hitler et le Haut-Commandement croyaient encore que ces super-armes pouvaient leur procurer la victoire. Cette usine souterraine consistait en un énorme tunnel qui s’étendait sur 20 km, ayant 30 m de hauteur. Environ 60 000 prisonniers des camps de Mittlebau-Dora y travaillaient comme des esclaves. Quelque 20 000 d’entre eux y perdirent la vie, dont le P. Muermans. Les circonstances de sa mort restent obscures.

Le P. Muermans ne nous a laissé aucun écrit. C’est uniquement son engagement envers les jeunes, dans la résistance, qui lui coûtèrent la vie, un témoignage qu’André Jarlan, lui-même assassiné au Chili en 1984, décrit ainsi:

« Les véritables vivants sont ceux qui offrent leur vie, non pas ceux qui prennent la vie des autres. Pour nous, la Résurrection n‘est pas un mythe mais une réalité. Cet événement que nous célébrons en chaque Eucharistie nous confirme dans notre conviction que le don de soi-même est admirable, et nous met au défi de le vivre nous-mêmes! » (Cf. Martyrs du XXè Siècle, Riccardi, p. 23)

Victime de la lutte nazie contre la vie religieuse : P. Franz Loh, scj (Allemagne)

Martin Bormann, un nazi célèbre, écrit en 1930 : « le national-socialisme et les concepts chrétiens sont incompatibles. Toutes les structures qui, d’une façon ou de l’autre, peuvent influencer le peuple et affaiblir ou porter atteinte au Führer et au Parti national-socialiste doivent être éliminées. » (The Century of Martyrs, Riccardi, p. 79)

Bien que les nazis considéraient les communautés religieuses comme de faibles entités (comparativement à la hiérarchie), celles-ci s’avérèrent bientôt plus inflexibles encore, ce qui attira l’attention des national-socialistes. En 1935, le gouvernement national-socialiste imposa des lois plus strictes sur le taux de change, ce qui affecta les congrégations religieuses. Le P. Franz Loh, supérieur provincial, comprit immédiatement que l’avenir de la Congrégation en Allemagne était compromis. Comme il était impossible de faire vivre la maison de Sittard par des moyens légaux, il résolut d’envoyer de l’argent secrètement. De nombreux confrères apportèrent leur aide.

En 1935, après la nomination du P. Philippe comme évêque, « il vint à Sittard pour ordonner prêtres les diacres de la Province allemande. Le lendemain de l’ordination, nous avons reçu des nouvelles très inquiétantes. La police secrète (la Gestapo) avait tout découvert. Un frère allemand les avait informés. »

Un procès eut lieu en 1936, à Krefeld. Quelques-uns des confrères accusés étaient déjà en prison, d’autres, comme le P. Loh, étaient en fuite. Le P. Loh, considéré comme la tête dirigeante, fut condamné à quatre années de prison, aux travaux forcés, à la perte de ses droits civiques pendant quatre ans et une amende de 500 000 marks.

Le P. Loh passa les années suivantes au Luxembourg. Quand la Seconde Guerre Mondiale éclata, il trouva refuge chez des religieuses. Les allemands le découvrirent le 10 décembre 1940, après l’invasion du Luxembourg. Ils l’arrêtèrent immédiatement.

Il supporta très mal la prison. Cette vie très dure, ajoutée à son diabète, le conduisit à une mort rapide, quelques jours après que la communauté eut appris où il se trouvait. Le P. Loh est mort le 20 mars 1941. On remit sa dépouille à la communauté. Le P. Schunck, qui lui avait succédé comme provincial, fit en sorte que, dans son cercueil, il soit revêtu des ornements rouges. Il fut interdit de prononcer une homélie, et deux membres de la Gestapo veillèrent à ce que cela fût respecté. Peu avant sa mort, le P. Loh avait confié à un confrère qu’« il voulait offrir sa mort solitaire pour les communautés de la congrégation. » (Bothe, Dehoniana 2000/3, p. 111).

Victimes de crime de guerre : ONZE DEHONIENS HOLLANDAIS (Indonésie)

La mort de 11 confrères hollandais au camp de concentration japonais de Muntok sur l’île de Banka (Indonésie), dans les années 1944/1945, fait partie d’une histoire très complexe : s’y rattachent les crimes de guerre des Japonais contre les populations civiles des villages occupés, l’écroulement de la Hollande comme pouvoir colonial, la croissance du mouvement d’indépendance indonésien, l’ensemble de la Seconde Guerre Mondiale dans le Pacifique, sans parler de la vie et du calvaire de chaque confrère individuellement. Finalement tout un réseau de nombreux éléments différents, mais dépendants les uns des autres, qui rendent très difficile un jugement précis sur les témoignages des confrères. C’est la raison pour laquelle un certain silence a recouvert jusqu’à aujourd’hui ces événements.

Le 15 février 1942, les troupes japonaises conquièrent et occupent Palembang sur l’île de Sumatra qui faisait partie de l’empire colonial hollandais. Dans un premier temps, le travail missionnaire n’est pas perturbé. Cette situation pourtant change radicalement à partir du 1er avril 1942, date à laquelle les européens (civils et religieux) sont internés, les hommes dans la prison de Palembang, les femmes et les enfants dans quelques résidences européennes. Plus tard, les internés devront construire de leurs propres mains deux camps de concentration : un pour les hommes et un pour les femmes.

En juillet/août 43 les japonais opèrent de violents ratissages à la recherche de prétendus collaborateurs des alliés. Par la suite, les européens du camp de concentration de Palembang – et, parmi eux, de nombreux religieux – seront déportés vers le camp de Muntok, sur l’île de Banka, dans une zone aride au climat très rude. Les rations alimentaires vont de 100 à un maximum de 300 gr. de riz. Ce traitement est pratique courante dans les camps japonais, afin d’affaiblir et d’exterminer peu à peu les prisonniers. Cette dénutrition produit la cessation des activités comme l’école, l’asile, etc… Souvent les internés sont tellement faibles qu’ils ne peuvent même pas participer à l’enterrement des leurs. Dans le seul camp de Muntok on évalue à environ 250 les hommes morts par dénutrition sur un total de 942, et le nombre des femmes est pratiquement le même. Quant aux enfants il y en eut vraisemblablement davantage.

Pas étonnant que onze pères Hollandais n’aient pas pu survivre à pareilles tortures.

CAMEROUN 1959 (trois français)

En de nombreux coins d’Afrique, les années d’après guerre furent marquées par divers incidents d’indépendance. Le Cameroun fut divisé en deux territoires attribués à la France et au Royaume-Uni. Le mouvement d’indépendance s’est encore renforcé dans les années 50, parfois accompagné d’actes de violence.

Le père Héberlé, missionnaire au Cameroun, depuis plus de 25 ans, avait bien perçu cette situation et il écrivait alors :

« Les Camerounais ont bien conscience de leurs intérêts communautaires. Ils veulent parvenir à une véritable émancipation… L’Église catholique s’est parfaitement adaptée à ces nouvelles circonstances en remettant les responsabilités primordiales aux mains du clergé autochtone. Elle s’est entièrement détachée de la politique occidentale et dénonce les conséquences néfastes du laïcisme et du matérialisme occidental. » (Vie catholique du 28. 8. 1960).

Quand, en 1959, le père Héberlé se trouvait en congé, en France, beaucoup insistaient pour qu’il ne retourne plus au Cameroun. Dans une lettre, datée de septembre 59, il explique en ces termes les raisons de son retour dans un Cameroun en situation de violence généralisée, malgré tous les conseils à la prudence qui lui ont été donnés :

« J’ai dû lutter contre moi-même, contre toutes mes affections familiales, contre les miens et cela jusqu’à mon départ. Dans de telles circonstances nous nous rendons compte qu’il faut entièrement mourir à soi-même, renoncer absolument à tout pour suivre Notre-Seigneur et porter sa croix. Si je suis retourné dans ma mission, je l’ai fait uniquement pour accomplir la volonté de Jésus-Christ, pour être avec les âmes que Dieu m’a confiées et dont je suis responsable devant Lui… C’est pour cela que, dans la situation que nous sommes en train de vivre, il faut avoir une foi inébranlable, une confiance absolue, une charité sans tache. C’est le moment de l’épreuve, pour nous prêtres et pour nous chrétiens. Dieu nous met à l’épreuve à feu et à sang. Que soit faite sa volonté ! Ceci nous engage à nous consacrer totalement à son service et à rejoindre, avec nos sacrifices, le sien… c’est-à-dire la Croix. » (septembre 1959)

Le 30 août 1959, le père Müsslin est tué dans sa mission. Le 29 novembre 1959, la mission de Banka-Bafang est prise d’assaut. Dans un premier temps le père Héberlé est frappé d’une balle, puis décapité. Le frère Sarron, qui avait réussi à s’échapper, est retrouvé peu après et, lui aussi, décapité. Avec eux, dans cette même attaque, moururent un prêtre et un catéchiste camerounais.

CONGO (ZAÏRE) 1964 (27 confrères belges, hollandais ou luxembourgeois)

En 1960, le Congo Belge est devenu un état indépendant. Quand, en 1961, le premier ministre Lumumba fut assassiné, le pays fut parcouru par une rébellion de radicaux et de lumumbistes guidés par Pierre Mulélé. 1964 fut l’année la plus dure de cette rébellion et pour les Dehoniens l’année la plus terrible..

La ville de Wamba fut occupée par des « Simba », en août 1964 et la terreur commença.

L’Évêque du lieu, Mgr Wittebols et d’autres missionnaires dehoniens furent contraints de marcher pieds-nus et frappés de toutes sortes de manières. Mgr Wittebols mourut à cause des coups reçus et aussi par ce que, sans lunettes, il tombait continuellement. Les prisonniers furent piétinés de façon atroce dans la cour de la prison et fusillés en présence de la population que l’on força à mutiler leurs corps.

Notre congrégation compte 27 confrères tués, lors de cette soi-disant révolution des « Simbas », après de douloureuses détentions. En voici la liste :

P. Henricus van der Vegt, P. Josephus Tegels, P. Franciscus ten Bosch, P. Joannes de Vries, P. Henricus Hams, P. Petrus van der Biggelaar, P. Joannes Slenter, P. Gerardus Nieuwkamp, Fr. Damianus Brabers, Fr. Josephus Vanderbeek, Fr. Aloisius Paps, P. Carolus Bellinckx, P. Leonardus Jansen, P. Cristianus Vandael, P. Clemens Burnotte, P. Jacobus Moreau, Fr. Andreas Laureys, P. Hermanus Bisschop, P. Josephus Conrad, P. Joannes Trausch, P. Amor Aubert, P. Henricus Verberne, P. Arnoldus Schouenberg, Fr. Arnolfus Schouenberg, P. Gulielmus Vranken, P. Hieronimus Vandemoere, Mgr Joseph Wittebols, et le Serviteur de Dieu Bernard Longo.

Musée des missionnaires à la communauté de Bruxelles

Le Serviteur de Dieu Bernard LONGO, scj, fut tué le 3 novembre 1964, à Mambassa. Peu avant sa mort, il avait écrit dans son journal (retrouvé deux ans après sa mort), ce vibrant témoignage :

« C’est une chance que le Sacré-Cœur, en ce temps, me donne beaucoup de paix intérieure et me met au cœur beaucoup d’oraisons jaculatoires, grâce auxquelles je trouve la force d’aller de l’avant. Avant le soir, je fais une promenade jusque chez les pauvres sœurs missionnaires. Je leur assure que nous sommes protégés par la Vierge et que nous devons nous confier complètement à la belle volonté du Seigneur, même s’il voudra nous porter au Ciel d’un coup de fusil ». (Journal du P. LONGO, du 29.09.1964)

« Par amour de l’Évangile, les missionnaires avaient abandonné leur patrie pour se rendre en Afrique. Par amour du Christ ils sont restés quand est survenue la tempête, même si, au moins pour beaucoup, il aurait été facile de s’enfuir. Parce que missionnaires, et donc, à cause du Christ et de l’Église, ils ont été persécutés et tués. C’est à ce titre qu’on peut les vénérer comme des « martyrs » ». (Tessarolo, « Bernardo LONGO, Missionnaire et martyr de la charité », p.232)