« Suivre le Christ à la manière du Père Dehon »
Expérience de foi, vie spirituelle, oblation réparatrice, Eucharistie, vie fraternelle, dépouillement de soi, présence au monde
Le Père Pierre-Marie Guena de la communauté de Metz, prédicateur de cette 12e retraite Dehonienne, a présenté celle-ci essentiellement comme un commentaire de la Règle de vie Dehonienne, en s’appuyant sur la vie du Père Dehon et différentes expériences de la vie des confrères dans la Congrégation, pour revisiter les fondamentaux de notre vie religieuse. Chaque journée était rythmée par les laudes à 7h40, l’eucharistie à 11h, l’adoration et les vêpres à 17h30, puis les complies à 20h, et deux conférences, l’une au milieu de la matinée et l’autre au milieu de l’après-midi. Le cadre et l’accueil de la communauté de Clairefontaine présentaient les meilleures conditions possibles de silence et de convivialité pour une excellente retraite.

La conférence du matin du premier jour était consacrée à la vie du Père Dehon. A travers une reprise de « la petite vie du P. Dehon », a été présentée une relecture des moments importants de cette vie : Saint-Quentin, patronage Saint-Joseph, fondation du collège Saint-Jean, et de la Congrégation, rencontres des Sœurs servantes, de Léon Harmel, le « Consummatum est », l’accompagnement de l’Encyclique « Rerum novarum », dernières années plus sereines… L’après-midi était centrée sur la vie spirituelle : vocation SCJ, vie intérieure, union au Sacré-Cœur, Amour et réparation, adoration, immolation. (règle de vie N.13 à 17, sainteté, baptême, confirmation, vie spirituelle, et 76 à 78, Prière, Parole de Dieu, Accueil de l’Esprit, Vierge Marie).
La conférence du matin du deuxième jour portait sur l’union à l’oblation réparatrice du Christ au Père pour les hommes. La caractéristique propre de l’Institut se définit par « Ecce Venio et Ecce Ancilla » (N6). Jésus a donné sa vie pour nous. En retour, nous sommes appelés à donner notre vie par un don total de nous-mêmes dans l’amour et la réparation, pour une restauration de l’humanité dans le Christ (N21), en offrant nos souffrances dans l’accueil de l’Esprit (N22 à N25). Les lieux d’oblation sont : vie, activités, eucharistie (N35). Pendant l’après-midi étaient approfondis les thèmes de l’adoration et l’Eucharistie sommet de cette vie d’union. L’Eucharistie est mise en parallèle avec la résurrection et renvoie à un engagement sociétal (N76 à N83). L’adoration est un acte missionnaire.
La conférence du matin du troisième jour développait le thème des vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, avec la remarque suivante sur la terminologie : A partir de Vatican II, les termes « vie religieuse » ont fait place à ceux de « vie consacrée ». Les conseils évangéliques conduisent les religieux à mener la vie des disciples. En étant dépouillés d’eux-mêmes et présents aux autres selon l’esprit des « Béatitudes, les disciples sont un témoignage pour le monde et contribuent à faire advenir le Royaume qui vient. Suivre le Christ implique la charité parfaite (N40), l’amour de Dieu et des frères, et les différentes dimensions de la personne, dans une vraie liberté (Ecce Venio). Les vœux se vivent en communauté (thème de l’après-midi). Nous ne choisissons pas nos confrères, et nous sommes envoyés pour rejoindre les hommes, par la communauté qui vit le « sint unum », impliquant le pardon mutuel, permettant le progrès spirituel de chacun, la prise en compte des confrères âgés… « Voyez comme ils s’aiment » doit être notre programme de vie dans une espérance active.
« Soyons attentifs aux appels du monde, à la vie des personnes » est le programme de chaque religieux Dehonien, abordé dans la conférence de ce matin du quatrième jour. Le P. Dehon vivait sa propre présence au monde de son temps. Le N5 est un appel à vivre le sacrifice eucharistique dans une attention aux hommes. Dans l’évangile, Jésus a des yeux, un cœur, une intelligence et pose des gestes qui reflètent le cœur (N22). Le P. Dehon était militant avec les abbés démocrates, sténographe à Vatican I,.. Il a fait la rencontre de Léon Harmel… N39 : A sa suite, il nous faut aujourd’hui appréhender et annoncer une humanité nouvelle. Sur ce chemin, seront nécessaires pour nous la formation, l’information, une exigence de travail méthodique, engagé. Les orientations pastorales à prendre sont le sujet abordé l’après-midi. A son époque, le but du P. Dehon était d’établir le Règne social du Sacré-Cœur, avec pour charnière l’esprit d’Amour et de Réparation. Aujourd’hui, notre activité missionnaire se vit dans la dépendance de l’évêque dans son diocèse, avec des modalités d’insertion, des engagements sociaux (paroisses, activités dans l’éducation et la culture, service des petits..) dans le cadre de la doctrine sociale de l’Eglise actualisée (ex. l’IA dans « Magnifica humanitas ») qui nous ouvre des engagements dans différents domaines. Pour y correspondre, soyons disponibles et compétents.
Pendant la conférence du matin du dernier jour de la retraite, le prédicateur essaie de porter un regard critique par rapport à la Province EUF au niveau de la pastorale des vocations. A notre époque, il y a le risque du découragement, à cause d’une crise en Europe, de la sécularisation, depuis Vatican II et mai 1968. Cette prière de Jésus résonne toujours cependant : « Priez pour que le Maître de la moisson envoie des ouvriers à sa moisson ». (N86 à N96). Pour accompagner les vocations, la prière est nécessaire en premier lieu, et il faut veiller à une éducation chrétienne chez les sujets. Pendant la formation, il faut une communauté pour le noviciat, nourrie par un partage communautaire, et une unité de vie religieuse et apostolique, avec l’aide des Sciences religieuses et humaines. Le témoignage de vie chez les aînés est essentiel. Pour s’ouvrir à des vocations nouvelles, la Province doit veiller à une pastorale, une présence dans le milieu des jeunes, par exemple les enfants de Chœur, les scouts, le MEJ, la catéchèse, les retraites de profession de foi, les Jeunes Dehoniens, et confier dans la prière ces intentions le 14 mars, journée des vocations Dehoniennes…

En conclusion, nous remercions chaleureusement notre prédicateur. Cette retraite était très riche, et la Règle de vie est une mine qu’il ne faut pas hésiter à exploiter, ce qu’a très bien fait pour nous le Père Guéna, et, grâce à son expérience missionnaire et oratoire, elle était très facile et agréable à suivre. A travers de nombreux exemples, et images de la vie religieuse, il nous a invités à vivre tous les jours la fidélité à notre Règle de vie, les yeux, le cœur et l’esprit ouverts sur le monde. Comment mieux suivre le Christ à la suite du P. Dehon aujourd’hui encore que dans cette fidélité, dans l’amour et la réparation ?
Frère Jean-François JACQ SCJ