Notre confrère, le P. Martino Capelli, a été béatifié avec deux autres compagnons, Don Ubaldo Marchioni, prêtre du diocèse de Bologne, et Don Elia Comini, salésien, le dimanche 27 septembre 2026 en la Basilique San Petronio de Bologne. Tous les trois, Don Elia et le P. Martino ensemble, Don Ubaldo antérieurement, furent assassinés par les SS entre le 29 septembre et le 1er octobre 1944 avec 770 villageois au cours d’un massacre planifié par les SS pour pratiquer la politique de la terre brûlée dans la région montagneuse du Monte Sole (Apennins), à une trentaine de km de Bologne. Les trois béatifiés sont inséparables du peuple qu’ils servaient dans ces paroisses isolées de montagne : ils ont été béatifiés notamment pour avoir choisi de rester avec leurs communautés malgré les graves dangers de mort qui se précisaient.

Le P. Martino (Nicola Giuseppe de son nom de baptême) est né à Nembro (Bergamo) le 20 septembre 1912. À 12 ans, il est admis à l’école des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus d’Albino, en disant : « Je viens pour être prêtre et cela me suffit ». Dans la vie religieuse, Nicolas prend le nom de Martino Maria dell’Addolorata (Notre-Dame des Sept Douleurs) et, particulièrement frappé par une rencontre sur les martyrs mexicains, demande à la Vierge de Guadalupe la grâce de pouvoir être lui aussi martyr, orientant ainsi sa consécration – dans le réalisme du quotidien – vers un don de soi profond. Il est ordonné prêtre à Bologne le 26 juin 1938. Il a le désir d’une mission aux postes les plus avancés de l’apostolat puisqu’il voulait être missionnaire en Chine dans le Yunnan. Ses supérieurs lui demandent pourtant de poursuivre ses études à l’Institut Biblique de Rome, puis de se dédier à l’enseignement. Au cours de l’été 1944, il accepte de s’établir pour un temps à Salvaro pour collaborer avec Mons. Fidenzio Mellini. Là, il institue une fraternité sacerdotale avec le Salésien Don Elia Comini et accepte l’invitation de Don Ubaldo Marchioni à prêcher. Le 29 septembre 1944, il accourt avec Don Elia au petit pays de « Creda », pour y apporter l’ultime réconfort de la foi aux agonisants du massacre. Tous les deux y furent arrêtés par les SS allemands. Fusillés le 1er octobre 1944 au bord du « bassin » de boue de la filature de chanvre de Pioppe di Salvaro, ils y roulèrent, puis furent achevés à la grenade en même temps que les autres victimes. Le P. Martino Capelli, dans ses derniers instants, cria « Pardon » et, mourant, traça un grand signe de croix de bénédiction sur tant de frères dont la vie fut violemment arrachée ce jour-là en même temps que la sienne.

La célébration de la béatification des trois prêtres, à laquelle j’ai assisté le 27 septembre, fut très juste, émouvante et d’une grande profondeur spirituelle. Elle était présidée au nom du Pape par le Card. Marcello Semeraro, Préfet du Dicastère des Causes des Saints, et concélébrée par le Card. Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, Don Fabio Attard, SDB, et le P. Carlos Luis Suárez Codorniú, SCJ.
Je cite un extrait de la Lettre apostolique de Léon XIV lue à l’occasion du rite de béatification : « Nous, (…) par Notre Autorité Apostolique permettons que les Vénérables Serviteurs de Dieu (…) pasteurs et bons Samaritains, lesquels, animés d’une charité évangélique envers le troupeau qui leur avait été confié, ont partagé ses souffrances jusqu’à verser leur sang, Soient désormais appelés Bienheureux et qu’ils puissent être célébrés le 13 octobre chaque année dans les lieux et selon les règles établies par le droit.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. »

Le lendemain, 28 septembre, fut sans doute la journée la plus émouvante, au cours de laquelle une bonne soixantaine de Dehoniens ont accompli un pèlerinage sur les lieux mêmes de la tragédie, au Monte Sole [voir photo 1 du groupe]. Le matin, nous avons d’abord marché en priant le chapelet jusqu’à Casaglia [photo 1bis], où Don Ubaldo Marchioni fut retrouvé le 29 septembre après-midi tué sur les marches de l’autel, alors que de nombreux paroissiens (des vieillards, des femmes et des enfants) avaient été massacrés dans le cimetière. Dans les ruines de l’église [photo 4], on découvrira plus tard près de l’autel un ciboire criblé de balles [photo 5], aujourd’hui conservé par la communauté monastique de Dossetti tout près à Casaglia en souvenir perpétuel du martyre de Don Ubaldo et de ses paroissiens [chapelle de la communauté, photo 6]. L’après-midi, nous nous sommes rendus à Pioppe di Salvaro, là même où le P. Martino Capelli et Don Elia Comeni, avec quarante compagnons d’infortune, furent mitraillés par les SS le dimanche 1er octobre 1944. Une plaque commémorative avec le nom des victimes rappelle ce tragique crime de guerre [photo 7].
À la fin de cette journée riche en émotions et en méditations sur le sens du martyre, une messe d’action de grâce fut présidée par le Père Général à la paroisse de « Sainte Marie du Suffrage » de Bologne [photo 8], dont l’immense église fut érigée par nos confrères d’Italie du Nord à quelques mètres de l’actuel provincialat italien septentrional.

P. Joseph Famerée, scj

Prière (traduite de l’italien)
Seigneur Jésus, bon Pasteur,
Nous te remercions d’avoir appelé
le Père Martino Capelli
à vivre dans ton Église
comme religieux prêtre,
consacré à ton divin Cœur.

Nous te demandons par sa prière
d’être confirmés dans la foi,
renforcés dans l’espérance,
enracinés dans la charité,
pour que notre vie aussi
puisse être un service
de ton amour
et de celui de tous nos frères
pour la joie et la gloire du Père.

Cœur de Jésus, dans ton amour infini,
donne-nous la grâce…
que nous te demandons avec confiance,
par l’intercession du Père Martino,
fils dévoué de Notre-Dame des Sept Douleurs
et ardent apôtre
de réconciliation et de paix.
Amen.

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