Le Frère GRANGER Jean (Frç. de Sales).
(1907 - 1914)

Né le 21.10.1888 à Bonvillard (73)
Profès le 23.09.1907 à Sittard
Décès le 29.08.1914 à St Michel Sir Meurthe (88)
Frère Clerc.

Notre premier mort fut le Fr. Granger, scolastique, réserviste au 140e R. I. Il avait 26 ans. Quand la guerre éclata, il faisait sa théologie à Louvain. Il est tombé dans une tranchée, près de l'église de St.Michel-sur-Meurthe, à quelques kilomètres au nord de St. Dié le 29 août 1914. Voici quelques renseignements communiqués par l'aumônier de sa division: « Granger, frappé d'une balle à la tête, a fait une mort admirable. Voyant son sang couler et sentant bien sa blessure mortelle et sans espoir, il voulut réciter sur lui-même les dernières oraisons. Il put prendre son carnet de route et commença d'écrire le De Profundis. Puis n'en pouvant plus, il s'arrêta à quia apud te propitiatio est. Sans doute à dessein, posa son carnet près de lui, prit son chapelet et expira doucement en priant la sainte Vierge.
Je tiens tous ces détails d'un témoin oculaire, mort hélas lui aussi, depuis. Je n'ai pu lui administrer les derniers sacrements, mais je n'ai aucune inquiétude sur son compte, car je puis vous garantir qu'il était prêt.
J'ai béni sa tombe. Il repose dans la tranchée où il a été frappé avec quelques compagnons, et pour eux tous, j'ai dit la sainte messe à Saint-Michel, dans la gare à moitié détruite.
Ceux qui ont vu le Fr. Granger au début de la guerre affirment qu'il était très gai, bien qu'il pressentit qu'il n'en reviendrait pas. »
Nous possédons deux lettres qu'il écrivit au T. R P. Général. Dans la première, datée du 9 août 1914, il lui disait: « Nous sommes cantonnés à Lépanges, à 30 kilomètres d'Epinal. Nous n'avons encore eu aucun contact avec l'ennemi, mais nous nous attendons à partir d'un moment à l'autre. Aujourd'hui, dimanche, j'ai pu assister à la messe d'un camarade à 4 heures et demie et faire la sainte communion. A 10 heures, j'ai assisté à la grand'messe. L'église était archipleine. En face du danger la foi se réveille. Nous sommes bien reçus partout, car ici on se souvient de 1870. Depuis huit jours je n'ai pu encore me déshabiller; nous avons souffert de la fraîcheur, mais pas encore de la faim. Priez pour nous afin que Dieu nous protège et bénissez votre enfant dévoué in C. J. »
La deuxième lettre, du 19 août, disait: Très bon Père, Tout va bien pour le moment. La santé est relativement bonne et, malgré les fatigues et privations de la guerre, j'espère en sortir si c'est la volonté de Dieu. Je ne peux plus vous donner de nouvelles précises, car cela nous est défendu, mais plus tard je vous dirai mes impressions.
Le jour de l'Assomption et le dimanche se sont passés sous la pluie et la fusillade. J'espère que Marie, à qui je me suis confié, me protégera. Toutefois: fiat voluntas Dei!
Priez pour moi et pour nous tous afin que Dieu continue à nous protéger. Bénissez votre enfant in C. J. »
(Extrait de «Quelques Prêtres du Sacré-Cœur, de la Congrégation de St-Quentin, morts au champ d'honneur.1914-1918»


AVANT-PROPOS, EXERGUE - CAUSES INTRODUITES