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Notre premier
mort fut le Fr. Granger, scolastique, réserviste au
140e R. I. Il avait 26 ans. Quand la guerre éclata, il faisait
sa théologie à Louvain. Il est tombé dans une
tranchée, près de l'église de St.Michel-sur-Meurthe,
à quelques kilomètres au nord de St. Dié le
29 août 1914. Voici quelques renseignements communiqués
par l'aumônier de sa division: « Granger, frappé
d'une balle à la tête, a fait une mort admirable. Voyant
son sang couler et sentant bien sa blessure mortelle et sans espoir,
il voulut réciter sur lui-même les dernières
oraisons. Il put prendre son carnet de route et commença
d'écrire le De Profundis. Puis n'en pouvant plus, il s'arrêta
à quia apud te propitiatio est. Sans doute à dessein,
posa son carnet près de lui, prit son chapelet et expira
doucement en priant la sainte Vierge.
Je tiens tous ces détails d'un témoin oculaire, mort
hélas lui aussi, depuis. Je n'ai pu lui administrer les derniers
sacrements, mais je n'ai aucune inquiétude sur son compte,
car je puis vous garantir qu'il était prêt.
J'ai béni sa tombe. Il repose dans la tranchée où
il a été frappé avec quelques compagnons, et
pour eux tous, j'ai dit la sainte messe à Saint-Michel, dans
la gare à moitié détruite.
Ceux qui ont vu le Fr. Granger au début de la guerre affirment
qu'il était très gai, bien qu'il pressentit qu'il
n'en reviendrait pas. »
Nous possédons deux lettres qu'il écrivit au T. R
P. Général. Dans la première, datée
du 9 août 1914, il lui disait: « Nous sommes cantonnés
à Lépanges, à 30 kilomètres d'Epinal.
Nous n'avons encore eu aucun contact avec l'ennemi, mais nous nous
attendons à partir d'un moment à l'autre. Aujourd'hui,
dimanche, j'ai pu assister à la messe d'un camarade à
4 heures et demie et faire la sainte communion. A 10 heures, j'ai
assisté à la grand'messe. L'église était
archipleine. En face du danger la foi se réveille. Nous sommes
bien reçus partout, car ici on se souvient de 1870. Depuis
huit jours je n'ai pu encore me déshabiller; nous avons souffert
de la fraîcheur, mais pas encore de la faim. Priez pour nous
afin que Dieu nous protège et bénissez votre enfant
dévoué in C. J. »
La deuxième lettre, du 19 août, disait: Très
bon Père, Tout va bien pour le moment. La santé est
relativement bonne et, malgré les fatigues et privations
de la guerre, j'espère en sortir si c'est la volonté
de Dieu. Je ne peux plus vous donner de nouvelles précises,
car cela nous est défendu, mais plus tard je vous dirai mes
impressions.
Le jour de l'Assomption et le dimanche se sont passés sous
la pluie et la fusillade. J'espère que Marie, à qui
je me suis confié, me protégera. Toutefois: fiat voluntas
Dei!
Priez pour moi et pour nous tous afin que Dieu continue à
nous protéger. Bénissez votre enfant in C. J. »
(Extrait de «Quelques Prêtres
du Sacré-Cur, de la Congrégation de St-Quentin,
morts au champ d'honneur.1914-1918»
AVANT-PROPOS,
EXERGUE - CAUSES
INTRODUITES
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