Tel est le titre des journées de réflexion théologique qui ont précédé la célébration du centenaire de la mort du Père Dehon. Ce séminaire théologique s’est déroulé à Clairefontaine, à la frontière belgo-luxembourgeoise, un lieu historique pour nous, Dehoniens, puisque le centre d’accueil des Dehoniens de Clairefontaine est la plus ancienne communauté de la congrégation encore en activité. Du point de vue historique, cet endroit a été acheté par notre fondateur lui-même en 1889. Il y fonde une école apostolique, destinée à former les futurs membres de la congrégation. Les élèves y suivent des études secondaires avant d’entrer dans la vie religieuse. Cette école a fonctionné jusqu’en 1986, formant de nombreux religieux, ecclésiastiques et personnalités du monde intellectuel et culturel.

Ce séminaire a vu la participation non seulement du Supérieur Général et de quelques membres de son Conseil, mais aussi des représentants des autres provinces SCJ du monde. L’accueil chaleureux des confrères de Clairefontaine et leur diligence à aller chercher les confrères soit à l’aéroport de Luxembourg, soit à la gare d’Arlon, a ajouté à cette rencontre le « feeling » du « Nous Congrégation ». Ainsi, les journées étaient partagées entre la prière, surtout l’Eucharistie, le temps de réflexion, les repas, mais surtout des moments de rencontre conviviale pendant les apéritifs et les pauses café. Un coup de chapeau au directeur du centre, le Père Antoine Do, au supérieur Jean-Jacques Flammang et à tous les membres de la communauté de Clairefontaine pour cet accueil mais aussi à la Commission Théologique Européenne qui a piloté les travaux.

Le séminaire portant sur l’héritage social du Père Dehon, les cent dernières années a obéi à une dynamique tout à fait originale puisque l’importance a été accordée aux participants de découvrir le Père Dehon à travers les textes. Une herméneutique des textes précédée par la présentation des différents intervenants. Les intervenants avaient pour rôle d’introduire les participants à la lecture des textes. Les langues choisies pour l’occasion étaient le français et l’anglais.

Concernant les interventions, le premier jour a porté sur la démocratie et les crises de la démocratie, surtout en Occident. Antonio Teixeira, de la province du Venezuela, a présenté « Le discernement politique du Père Dehon dans le contexte de la Troisième République ». Cette présentation a offert l’opportunité d’introduire les participants à une série de lettres datées de décembre 1887 à mars 1899 concernant le cas d’Étienne Lamy, un homme politique français au temps du Père Dehon, qui a noué des alliances favorables pour garantir la fiabilité de la démocratie chrétienne. L’herméneutique des textes a aidé à découvrir le Père Dehon non pas comme un « homo politicus » per se, mais de voir comment il a joué un rôle subtil dans la mise en place de la Troisième République à travers ses échanges de correspondances. La deuxième conférence de Marco Bernardoni était une actualisation de la crise de la démocratie aujourd’hui en Occident à travers un terme bien connu : « le populisme ». En effet, la démocratie telle que vécue aujourd’hui en Occident est mise à l’épreuve par les groupes qui pensent que la démocratie dans sa forme actuelle ne répond plus à leurs aspirations. Ce phénomène est accompagné par celui de l’infocratie (un système de pouvoir ou de gouvernance fondé sur la maîtrise de l’information) et de l’infodémie (une surabondance d’informations vraies ou fausses.)

La deuxième journée a porté essentiellement sur la fameuse invitation du Pape Léon XIII « Aller au Peuple ». La première conférence donnée par John Van den Hengel a permis de présenter non seulement le contexte dans lequel cette expression est née, mais aussi son développement et comment le Père Dehon en était l’interprète. La seconde conférence donnée par Michel Simo Temgo portait sur « « Aller au Peuple » comme une Église en sortie : comment être disciple missionnaire aujourd’hui. » À partir de quatre documents du Magistère : le Document d’Aparecida, l’Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, l’Encyclique Laudato Si et la Note Antiqua et Nova, Michel a non seulement présenté l’origine du concept de disciple missionnaire et son développement chez le pape François et Léon XIV, mais il a aussi relevé quelques défis qui se posent au disciple missionnaire aujourd’hui. Il a souligné qu’il y a une urgence pour l’Église d’aller aux périphéries et la nécessité pour les Dehoniens de repenser leur mission dans le contexte actuel au regard des différents défis, notamment celui de l’Intelligence Artificielle. Ne faudrait-il pas développer une « théologie des ponts » basée sur le dialogue et la rencontre, telle que promue par le pape François et maintenant le Pape Léon XIV ?

La troisième et dernière journée de ce séminaire a porté essentiellement sur le thème du Royaume de Dieu. Dans la première conférence donnée par Krzysztof Napora, ce dernier s’est inspiré du premier volume du livre du Cardinal Ratzinger intitulé « Jésus de Nazareth : Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration ». Cette présentation a donné l’occasion de comprendre tout d’abord comment ce concept s’enracine dans l’Ancien Testament et se développe à travers le Nouveau Testament. Dans sa lecture théologico-spirituelle, Ratzinger identifie Jésus au Royaume de Dieu. La dernière présentation de ce séminaire théologique, donnée par Jakub Bieszczad, portait sur « l’idée du Royaume comme vecteur de communication entre la dimension mystique et sociale de l’héritage spirituel dehonien. » Le concept de Royaume a été présenté comme une possible conjonction entre l’héritage social et spirituel du Père Dehon, avec un intérêt particulier pour le concept de réparation.

Les échanges en session plénière ont permis non seulement d’apprécier les différentes interventions mais aussi d’effectuer un travail herméneutique sur les différents textes. Toutes ces présentations feront l’objet d’une publication dans un avenir proche dans la revue Dehoniana.

Michel Simo Temgo, Scj