De Saigon à Luxembourg, le chemin d’un missionnaire
Samedi 17 mai 2025. La cathédrale Notre-Dame de Luxembourg se remplit peu à peu. Dans la lumière du matin qui traverse les vitraux, les fidèles affluent : familles, amis, prêtres, religieux et séminaristes, mais aussi de nombreux membres de la communauté vietnamienne venus entourer l’un des leurs. L’atmosphère est à la fois recueillie et joyeuse. Sur les visages, on devine une fierté discrète, mêlée d’émotion.

À 9h30, les cloches sonnent. La procession s’avance, portée par le chant de l’assemblée. En ce jour, le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg préside la célébration. Dans quelques instants, trois jeunes hommes franchiront une étape décisive de leur vie : Antoine Do, originaire du Vietnam, et Diego Reinaldo De Lima, du Brésil, recevront le sacerdoce ; Leonardo Pulia, Italien, sera ordonné diacre. Trois parcours, trois visages, trois histoires, mais un seul appel : suivre le Christ de tout leur cœur.
Un long chemin de discernement
Parmi eux, Antoine attire particulièrement l’attention. Né en 1990 dans une famille catholique du sud du Vietnam, issue des migrations de 1954, il a grandi dans un petit village marqué par la foi. Sa mère est décédée lorsqu’il avait sept ans, le laissant, avec ses frères et sœurs, affronter très tôt la vie quotidienne. Mais cette épreuve n’a fait que renforcer sa proximité avec l’Église de son village, où il servait dans la chorale et participait fidèlement à la vie paroissiale.
Adolescent studieux, il s’oriente vers les mathématiques et l’informatique après le lycée. C’est durant ces années universitaires à Saigon, au contact de groupes de jeunes catholiques et de religieux, que son désir de vocation se précise. « Veux-tu devenir prêtre ? », lui demande un curé, presque par hasard, au détour d’une conversation. La question résonne, s’approfondit… et devient un appel.

En 2012, Antoine quitte son pays natal pour la France. Il rejoint la communauté des Prêtres du Sacré-Cœur à Metz, puis entre au noviciat de Clairefontaine, en Belgique. Là, il découvre la vie religieuse au cœur de l’Europe, dans une communauté internationale. Viennent ensuite des années d’études de philosophie et de théologie à l’Institut catholique de Paris, des stages pastoraux à Saint-Quentin et à Bruxelles, la profession de ses vœux perpétuels en 2021. Peu à peu, le chemin se dessine : tout donner au Christ.
Un « oui » fort : l’ordination diaconale (les vœux ont été déjà un premier oui)
Le 15 décembre 2024, en la chapelle du Centre spirituel de Clairefontaine, Antoine est ordonné diacre. Ce troisième dimanche de l’Avent, dit « Gaudete » – dimanche de la joie –, la liturgie prend une couleur particulière : l’étole et la dalmatique roses qu’il reçoit symbolisent déjà la douceur et la lumière de cette étape.

La chorale de Noerdange/Wahl accompagne la célébration. Deux de ses sœurs, venues spécialement du Vietnam, sont présentes dans l’assemblée ainsi que de nombreux fidèles, religieux, amis et communautés vietnamiennes du Luxembourg, de Belgique et de France. La cérémonie est retransmise dans son pays natal, permettant à son père, à ses proches et à son village de partager ce moment.
Dans son homélie, le cardinal Jean-Claude Hollerich l’exhorte : « Tu seras compagnon de Jésus. Tu seras au service des pauvres, des malades, des marginaux, et tu proclameras l’Évangile. »
Le grand jour : l’ordination sacerdotale
Ce samedi 17 mai 2025, Antoine vit le sommet de son appel. Au moment où son nom est prononcé, il s’avance, entouré de ses confrères. L’assemblée retient son souffle. Antoine s’allonge alors de tout son corps sur le sol de la cathédrale, en signe d’abandon et de totale disponibilité à Dieu, tandis que la litanie des saints s’élève.

Puis vient le geste central : l’imposition des mains du cardinal et des prêtres présents. Dans ce silence profond, Antoine devient prêtre pour l’Église du Christ. L’émotion est grande lorsqu’il reçoit la chasuble et l’étole sacerdotale.
Le cardinal Hollerich, revenu à Luxembourg après avoir participé au conclave qui a élu le pape Léon XIV, (dans son homélie) insiste dans son homélie sur la dimension missionnaire de cette ordination :
« Quarante ans après mon départ comme missionnaire au Japon, c’est aujourd’hui nous qui recevons des missionnaires. Votre tâche sera de parler de Dieu. »
« Merci »
À la fin de la célébration, le nouveau prêtre prend la parole, aux côtés de ses frères Diego et Leonardo. Sa voix est empreinte d’une profonde gratitude : envers le cardinal Hollerich, les prêtres du diocèse, les formateurs, ses confrères religieux, mais aussi et surtout envers sa famille et ses proches, au Vietnam comme au Luxembourg.
« Ma dévotion au Sacré-Cœur et à la Divine Miséricorde est née très tôt, en famille, dit-il. Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu qui m’appelle à tout donner pour Lui et pour l’Église. », a confié le Père Antoine.
Une mission qui commence
Désormais prêtre, le Père Antoine Do continuera son service à double mission : au Centre spirituel des Prêtres du Sacré-Cœur de Clairefontaine et dans l’archidiocèse de Luxembourg, particulièrement à la paroisse Atertdall Sainte-Claire et Rammerech Saint-Valentin.
Mais au-delà de cette mission locale, son ordination résonne comme un appel adressé à toute l’Église : le Seigneur continue de susciter des vocations, même dans un contexte marqué par la sécularisation et par la diminution du nombre de prêtres. Le témoignage de ce jeune missionnaire venu du Vietnam rappelle avec force que Dieu ne cesse de frapper à la porte des cœurs, et qu’il attend des réponses libres et généreuses.

Le Père Antoine, conscient de la grâce qu’il a reçue, partage un message simple mais puissant :
« Si nous ne semons pas, nous ne pourrons pas récolter. Une vocation doit être accompagnée dans la durée. Nous devons oser poser la question aux jeunes : “Veux-tu offrir ta vie au Christ ?” »
Ces paroles rejoignent directement la prière de toute l’Église. Car la vocation n’est pas une affaire individuelle, mais une responsabilité communautaire. Chaque famille, chaque paroisse, chaque communauté est appelée à devenir un terrain fertile où peut germer l’appel de Dieu.
Une interpellation pour les jeunes
À travers l’ordination du Père Antoine, un signe est donné aux jeunes d’aujourd’hui. Dans un monde traversé par l’incertitude, par la peur de l’engagement et par la recherche de sécurités immédiates, la vie sacerdotale demeure une réponse radicale et joyeuse à l’appel du Seigneur. Elle dit qu’il est possible de consacrer toute son existence à Dieu et au service des autres, sans rien garder pour soi.
Cette interpellation s’adresse aux jeunes garçons et filles qui cherchent leur chemin :
- aux jeunes qui sentent grandir en eux une soif de prière et de don,
- à ceux qui s’interrogent sur le sens profond de leur vie,
- à ceux qui désirent se mettre au service des plus pauvres, des plus fragiles, des oubliés,
- et à ceux qui n’ont peut-être jamais entendu cette question posée clairement : « Et toi, veux-tu suivre le Christ de près ? »
Une Église qui prie pour ses vocations
L’ordination d’Antoine devient ainsi une grande prière d’intercession pour que d’autres répondent, aujourd’hui encore, à l’appel du Seigneur. Elle rappelle les paroles de Jésus lui-même : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9,37-38).
Et cette prière, l’Église la confie particulièrement aux jeunes, mais aussi à leurs familles, aux prêtres, aux catéchistes et aux éducateurs. Car les vocations naissent là où il y a un climat de foi, de confiance et de courage.
Une offrande pour le monde
À l’image de son ordination, le Père Antoine fait désormais de sa vie un acte d’action de grâce : « Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce et j’invoquerai le nom du Seigneur. » (Psaume 116,13)
Cette parole du psalmiste éclaire le chemin de toute vocation : elle n’est pas d’abord un projet personnel, mais une offrande. Elle n’est pas un renoncement triste, mais une réponse confiante. Elle n’est pas un isolement, mais une communion toujours plus large, au service du Christ et de son peuple.
En ce 17 mai 2025, dans la cathédrale de Luxembourg, au milieu des chants et des prières, le témoignage du Père Antoine est devenu plus qu’un événement : il est une invitation à oser répondre, chacun à sa manière, à l’appel du Seigneur.

Et pour beaucoup de jeunes présents ce jour-là, une même parole a peut-être commencé à résonner dans le silence de leur cœur : « Me voici ! »
P. Vincent Nguyen scj