« Parfum de chasteté » c’est le titre du nouveau roman, le septième, de Claude Schmit.

A la fois fascinant et très bien écrit, comme d’ailleurs tous les romans de ce professeur de philosophie, engagé aussi dans le théâtre et les médias, « Parfum de chasteté » raconte la conversion d’un parisien en cette dernière année juste avant que Notre Dame n’ait brûlé. Pour ce faire, l’auteur traite de la condition humaine, du sacré et de la foi religieuse, de l’affectivité et de l’amour humain, de la sexualité et de ses dérives mystiques, de l’errance et du péché originel, de la prière et de la liturgie catholique, de l’engagement et des défis sociaux… bref de tout ce qui est existentiellement essentiel, et il le fait savamment, avec une clairvoyance étonnante.  

Le roman nous raconte deux histoires : celle de Robert Thréard, le journaliste de centre gauche qui après tant d’années de service aspire à autre chose et entame un chemin de conversion vers la foi catholique ; et celle d’Astrolabe, le fils d’Abélard et d’Héloïse, qui nous fait revivre cette extraordinaire vie d’amour et de foi au 12esiècle. 

Ces deux histoires évoquent la richesse spirituelle et culturelle de la foi catholique, de façon authentique, car – il faut y insister vu que c’est tellement rare – le romancier connaît bien la théologie et ne nous raconte pas n’importe quoi sur la Bible, Dieu, la sainte trinité, l’eucharistie, la prière, la liturgie, la vie affective, la morale sexuelle de l’Église et son engagement social… 

C’est un roman intelligent qui fait comprendre la situation post-moderne à la recherche d’autres valeurs et d’autres priorités que le simple plaisir, l’argent gagné et la consommation superficielle. Ces pages abordent ainsi un certain milieu catholique, aussi la vie affective de deux prêtres parisiens, fascinés par l’histoire d’Abélard et d’Héloïse tout comme par celle de la tentation d’Ève. Au lecteur sont servies une bonne connaissance et une vision équilibrée du psychisme humain et des ressorts d’une conversion religieuse, même si – roman oblige – l’histoire racontée est pour le moins curieuse, avec ce clergé vivant une double vie autour de Notre-Dame et dans les catacombes de Paris, au sein d’un groupement quasi sectaire, orienté vers Eve et Marie, et dont les responsables volent des œuvres d’art sacré aux musées pour les ramener dans des lieux de culte où elles retrouvent un cadre digne qu’elles n’auraient jamais dû quitter. Il est vrai, ces aspects restent secondaires, ou mieux parallèles à ce qui est central, à savoir le cheminement de la conversion de Robert qui découvre peu à peu la foi et pratique religieuse, et qui, un peu comme les œuvres d’art, quitte, comme une espèce de musée, son entourage, sa famille, son travail pour retrouver la vie, la vraie. 

Après son expérience des milieux journalistiques de centre gauche et de leur « acharnement primaire contre l’Église catholique », le journaliste réputé recherche autre chose, en fait cette foi catholique qu’il avait abandonnée à la fin de l’adolescence et dont il semble en manque lorsqu’il se suppose : « A mon âge, il devrait être possible de retrouver tout cela, d’une autre façon, bien sûr. »

Dans l’autre histoire, celle d’Abélard et d’Héloïse, saint Augustin nous est cité : « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, mais je cherche à croire pour comprendre. » De toute façon, au Moyen Âge comme de nos jours, « celui qui croit voit tout bonnement autre chose ». Et Robert Thréard en fait l’expérience lorsqu’il se met à genoux devant son lit pour prier le chapelet ou s’enferme dans son appartement pour lire et méditer la bible, surtout le récit du péché originel et de la chute. 

Et le titre du roman ? Voici une citation : « Il n’a pas tort, le père, quand il dit que le catholicisme est la religion la plus sensuelle qui soit. Une sensualité qui attire, tellement elle est trouble et ambiguë, se dit Robert. Chez eux, le pur est impur et le Verbe s’incarne. L’Esprit a un corps et la chasteté a un étrange parfum. Cette religion a de l’avenir, si… »

Ennuyé par les veaux d’or qui l’ont fasciné jusqu’ici, le lecteur peut essayer peut-être de continuer la phrase… Pour ce faire, il trouvera certainement des éléments dans les 338 pages de ce nouveau roman, guide éclairé et éclairant. 

P. Jean-Jacques Flammang scj